Jean-Sebastien Bruant => « Une grande nurserie pour petits poissons, garantis sans antibiotiques »

13 novembre 2014

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Article issu de site internet de Sud Ouest du 13 novembre 2014

Filiale du Groupe Aqualande, la Ferme marine du Douhet approvisionne tout le pourtour méditerranéen en bars, turbots ou dorades, élevés sans antibiotiques

Le directeur du site, Jean-Sebastien Bruant, atteint un bon taux de survie des alevins de poissons, sans traitements.

Petit poisson deviendra grand. Dans cette pouponnière oléronnaise, sont bercés 10 millions de larves et cinq millions d’alevins. Ils deviendront portions de bars, de dorades et de turbots dans les assiettes. Mais après avoir été transférés de la nurserie aux élevages aquacoles qui, pour l’essentiel, sont localisés sur le pourtour méditerranéen.

Ce matin d’octobre, à la Ferme marine du Douhet, une « poussette » de 38 tonnes est chargée de 300 000 alevins de dorades royales. Quatre jours plus tard, le poids lourd déposera ces bébés dans le berceau de l’île grecque de Kalymnos, un élevage aquacole situé à près de 3 000 kilomètres de cette île d’Oléron qui les a vus naître cinq mois plus tôt. « 500 à 600 millions d’alevins sont vendus dans les élevages du pourtour méditerranéen chaque année. Nous en fournissons 40 millions, et notre filiale de l’Hérault, 10 millions », détaille Jean-Sébastien Bruant, le directeur du site.

Marchés émergents

Filiale du français Groupe Aqualande, depuis 1995, la ferme oléronnaise est une écloserie qui approvisionne une cinquantaine d’élevages. « Pour la Méditerranée, il est plus rapide de préciser les destinations que nous ne desservons pas, plutôt que le contraire. Nous ne sommes pas présents en Libye, en Égypte et au Liban. »

De la Turquie à l’Espagne, l’entreprise est ainsi présente sur tous les autres marchés de ce bassin méridional, mais aussi à Madère, aux États-Unis ou en République dominicaine. Et, cela fait huit ans qu’elle avance à petits pas sur les marchés émergents du Moyen-Orient, notamment aux Émirats Arabes Unis et en Iran. Un ensemble économique qui, sur un site de 2,5 hectares en plein marais, mobilise 45 équivalents temps plein, et réalise annuellement entre 7,5 et 8 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour un résultat significatif de 400 000 à 700 000 euros, selon les années.

Taux de survie

Ces performances tiennent notamment à la stricte politique sanitaire qui est appliquée dans ces installations. Il s’agit de limiter les atteintes virales et bactériologiques aux productions, lesquelles constituent d’ordinaire le point faible des élevages, de quelque nature qu’ils soient. Les alevins n’échappent pas davantage au problème que les poules et autres veaux. La Ferme marine du Douhet a fait de la maîtrise du sujet l’un de ses points forts. Les performances sont à la clé, avec un taux de survie larvaire de l’ordre de 50% à 60%, remarquable pour ce type de production. « Cela nous met au cinquième ou sixième rang européen, et au premier rang français », ajuste le dirigeant.

Dans cette lutte contre les pathogènes, la localisation insulaire de l’élevage est un atout. Cette position le place à la marge des principaux axes de circulation et de développement des foyers de maladies. Cela ne suffisait évidemment pas pour élever un rempart sanitaire étanche, ni pour garantir la régularité des approvisionnements perturbée par les épisodes infectieux. Comme d’autres, la ferme avait donc commencé à recourir aux antibiotiques pour protéger ses larves. « Mais des phénomènes d’antibiorésistance sont apparus. Nous nous tirions une balle dans le pied. »

La ferme dépensait 23 000 euros de traitement chaque année, il a donc été décidé de jeter au feu les boîtes d’antibiotiques, et de leur substituer un protocole rigoureux de gestion de l’élevage. Une sorte de circuit de production dans lequel les animaux qui avancent dans la classe d’âge ne recroisent pas les spécimens les plus jeunes. La production est aussi divisée en secteurs. Les poissons reproducteurs ne sont pas dans les mêmes locaux que l’unité d’élevage larvaire, laquelle est distincte de celle où s’effectue le sevrage, et ainsi de suite. À chaque unité ses instruments de travail qui ne voyagent pas d’une case à l’autre.

« Nous limitons ainsi les risques de contamination d’un lot par l’autre, entre les serres. » C’est le principe de la marche en avant. Il se complète du lavage complet d’une unité lorsqu’elle a été vidée de ses occupants, au moment où ceux-ci ont rejoint le stade d’élevage suivant.

Laboratoire de microbiologie

Les salariés sont inclus dans la boucle, astreints qu’ils sont à des règles d’hygiène telles que le trempage régulier des bottes dans les pédiluves qui ponctuent le parcours, ou la désinfection des mains, non moins permanente. Les blouses jetables sont obligatoires et, pour les sites les plus exposés de la production, elles sont changées à l’arrivée et à la sortir du module.

Pour surveiller la viabilité de ce dispositif, une équipe est dédiée au suivi qualité. Tandis que l’entreprise dispose de son propre laboratoire d’analyse microbiologique. Il réalise très régulièrement des examens de l’eau, de l’air, des sols et surfaces, et des poissons. Un choix qui, en cas d’incident, permet de sérier sa source, plus vite que le permettrait le recours à un laboratoire externe contraint par ses délais, ne serait-ce que d’acheminement des prélèvements.

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