Vie ma vie d’infirmière aux urgences

17 avril 2020

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Métier ou vocation ? Flavie, infirmière dans un hôpital de la banlieue parisienne nous parle de son métier...

Les Urgences, un lieu de passage et de vie(s)

Je travaille en tant qu’infirmière aux urgences adultes d’un hôpital de la petite couronne parisienne depuis bientôt 4 ans. Ce n’est pas mon premier choix. A la fin de mes études, je me prédestinais plutôt à travailler, à l’issue de stages, dans un service de chirurgie gynécologique. Le destin a fait qu’un poste aux urgences m’a été proposé dans l’hôpital à coté de chez moi. Je ne connaissais pas cette activité mais il me paraissait intéressant et stimulant de travailler dans un contexte nouveau. Par ailleurs ce choix n’impliquait pas de formations complémentaires.

Je travaille par alternance 24h/semaine (2 jours travaillés) et 60h/semaine (5 jours travaillés), soit 12h par jour. Il arrive régulièrement d’être rappelé sur des jours de repos pour remplacer des arrêts de travail ou pour faire face à des situations exceptionnelles (alerte à la bombe dans un autre hôpital, attentats…)

L’hôpital dans lequel je travaille compte 497 lits. Cet hôpital prédomine en chirurgie orthopédique, ainsi qu’en cancérologie des cancers (dermatologie, cancers digestifs, pneumologie).

Les urgences fonctionnent 24h/24. La nuit (de 20h à 9h du matin), un seul médecin-chef de garde supervise la majorité de l’hôpital en plus des urgences spécifiques (médecine interne, dermatologie, rhumatologie, gériatrie, diabétologie, hépato-gastro-entérologie, néphrologie, pneumologie).

Notre hôpital ne comprend pas de services de maternité, neurologie, stomatologie, urologie… En cas de nécessité sur ces spécialités les patients sont transférés dans un autre établissement parisien. Parfois, ils sont aussi transférés car le service concerné n’a plus de place disponible.

Les motifs principaux de consultation sont douleurs abdominales, thoraciques, AEG (Altération de l’Etat Général ou « fatigue »), difficultés respiratoires, dépression, tentative de suicide, alcoolisation et traumatismes (cheville et col du fémur pour les principaux).

A l’accueil, les patients, sont en fonction de leur pathologie, « triés » selon un niveau de complexité/sévérité croissant de 5 à 1, pour une prise en charge médicale entre 2h et immédiate.

Mon travail consiste à accueillir un flux aléatoire de patients. A effectuer des soins (prise de sang, électrocardiogramme, antibiotique…), à surveiller leur état de santé, procéder à des interventions de réanimation… Nous prenons mes collègues et moi le temps nécessaire à accomplir ces soins dans les meilleurs conditions et résultats souhaités.

Il y a lieu aussi de coopérer avec les différents professionnels avec qui je suis amenée à travailler : aides-soignants, médecins, internes, ambulanciers, pompiers, policiers… En tant qu’infirmiers nous devons travailler sans arrêt en coopération et collaboration. Notre travail d’infirmier aux urgences ne s’effectue jamais seul face au patient.

La plupart du temps, j’accompagne les patients pendant leur parcours avec toute la sérénité, le calme, la patience qui est la mienne. Cela n’est pas tous les jours facile. Entre les patients instables à surveiller, les soins à effectuer, les transmissions à réaliser pour transférer les patients, surveiller le dément qui déambule ou celui qui a essayé de mettre fin à ses jours…

Des patients sont parfois incontrôlables, relevant le plus souvent des urgences psychiatriques. Certains très alcoolisés déambulent dans les urgences et peuvent être dangereux pour les autres patients et le personnel. Il est fait alors appel à la police qui les prend en charge pour les emmener en cellule de dégrisement.

Je dois aussi gérer les patients à l’accueil, leur famille, leur impatience, leur colère et parfois leurs simulations. Nous devons ainsi définir des priorités en fonction de leur degré d’urgence, symptômes, état général. Exemple, il est nécessaire d’expliquer à un patient que « non, la douleur du pied datant de plus de six mois » ne passera pas entre deux diagnostiques graves, plus graves que lui.

Il n’est pas facile d’expliquer cette notion d’urgence (qui reste subjective), de leur dire que leur attente va être de plus de deux heures alors qu’il n’y a pas grand monde en salle d’attente. Même s’il n’y a pas grand monde, en zone de soins nous nous activons comme nous devons le faire pour chacun d’entre eux. Il n’y a rien de plus énervant que d’entendre que nous ne faisons rien. Alors que, nous attendons des résultats d’analyses, simplement nous sommes en train de rassurer des patients ou accompagnons des patients en fin de vie.

Dans notre métier la vie fait partie intégrante de la mort, d’autant plus en cette période d’épidémie. Notre service a eu ses premiers décès liés au covid-19. Notre rôle n’a été que plus délicat et essentiel auprès des familles affectées par ces décès.

Métier difficile basé sur l’humain, pratiqué dans des conditions de tension et de stress permanent où l’on n’a pas le droit à l’erreur. Psychologiquement, la tension durant la pandémie du covid 19 est à son paroxysme. L’idée de contracter le virus et le transmettre à ses proches est un aléa du métier obsédant. Un soutien psychologique nous est souvent proposé dans ce type de situation, comme lors des attentats de novembre 2015.

Il est d’autant plus difficile d’exercer ce métier (et de prendre les précautions nécessaires et indispensables) lorsque l’on voit certaines personnes de la population ne pas respecter le confinement. Enfreindre à ces règles imposées à tous, nous conduit dans l’exercice de notre métier à prendre des risques pour nous et nos familles. Dans l’inconscience individuelle ne pas appliquer ces règles élémentaires c’est s’exposer au pire et par voie de conséquence exposer les autres.

Le service des urgences est un lieu de vie bien sur, d’espoir mais également et malheureusement un lieu de drame, de deuil. Bien que l’hôpital n’ai pas un service de maternité nous avons déjà eu la joie de voir quelques naissances, pour notre plus grand bonheur. La vie et la mort peuvent s’y côtoyer dans une perspective de soutien et de respect

Alors, ce n’est pas « l’excellent » salaire versé à la fin du mois qui nous anime, le manque de matériel (d’autant plus en ce temps d’épidémie) qui nous pousse à exercer ce métier à risques bien souvent au delà du raisonnable. La motivation est avant tout basée sur l’altruisme de chacun. Le besoin d’être utile, de faire le bien de façon désintéressée et généreuse. Une quasi vocation tournée vers l’autre.

Flavie Roux JAQUEMET

16 avril 2020

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