Bernard Lacombe et le convoyage incroyable d’un Twin-Otter DHC6 de Cayenne à Rodez – 6 Episodes

20 novembre 2021

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« Il n'y a pas de bons pilotes il n'y a que de vieux pilotes » 1er Episode

Cela fait un certain temps, si ce n’est un temps certain, que Guy a souhaité que je vous raconte une aventure originale de ma carrière de pilote qui remonte à plus de quarante ans.
Il s’agit du convoyage transatlantique de Cayenne à Rodez d’un Twin-Otter DHC6. Histoire rocambolesque.

Belle machine
Le Twin-Otter ou DHC6 est un petit avion canadien de 20 places construit par la société « De Havilland Canada », (d’où son nom DHC6), motorisé par deux turbines de 700 CV, extrêmement maniable mais peu rapide avec la capacité STOL ( Short Take Off & Landing ou Décollage et Atterrissage Courts))
Il est commercialisé en version roues, hydravion ou chaussé de skis pour la desserte des steppes enneigées du grand Nord Canadien.
Sa particularité est d’avoir les pattes très courtes, ce qui signifie, dans notre jargon d’aviateur, qu’il a un rayon d’action très faible.
C’est un avion que je connaissais bien, puisque à l’époque, j’avais déjà effectué dessus plus de 2000 heures de vol.

Or donc, un matin de novembre 1980, alors que j’étais au chômage (crise pétrolière de 1979 oblige) je reçois à la maison un coup de fil de Jean-Paul, un cousin de mon épouse Annie, (un de ses témoins à notre mariage). Il est le Directeur de la compagnie aérienne régionale AIR ROUERGUE basée à Rodez, et me dit qu’il est embêté car le client à qui il a loué le fameux Twin-Otter ne le paye plus et refuse de restituer l’avion.
Il faut donc aller chercher l’appareil à Cayenne en Guyane pour le ramener à Rodez en Aveyron par la voie des airs, via les Caraïbes, les États Unis, le Grand Nord canadien, le Groenland, l’Islande et la Grande Bretagne. A priori onze escales qui en deviendront douze !


Pour corser le problème, nous risquions de rencontrer une certaine hostilité de la part du patron de la GAT (Guyane Air Transport) à qui l’avion avait été loué.
Jean-Paul me demanda si cela m’intéressait, et comme l’envie de voler ailleurs qu’en club me démangeait de plus en plus, ma réponse affirmative fut immédiate d’autant que les conditions financières étaient très alléchantes pour un chômeur. J’avais 31 ans et étais marié depuis un an.
Constitution d’une équipe chevronnée…
Il me propose alors, comme copilote, un ancien pilote de chasse sur Dewoitine 520 durant la guerre de 39/45 (Le Dewoitine D.520 est un avion de chasse français de la Seconde Guerre Mondiale réputé être le meilleur que la France ait pu aligner contre l’Allemagne lors de la bataille de France), et accessoirement vieux baroudeur africain qui avait participé à la création d’AIR AFRIQUE sur DC3 et DC4.
De plus, étant Aveyronnais, il avait également créé la compagnie AIR ROUERGUE et à priori, était un homme qui n’avait peur de rien et qui avait toute la confiance de Jean-Paul.
C’est lui qui tiendrait les cordons de la bourse et qui s’occuperait des problèmes administratifs !
Cela me convenait parfaitement compte-tenu de mon grand « amour » pour l’administration.
Il n’avait plus de licence professionnelle car il avait largement dépassé l’âge de la retraite et de plus avait eu quelques petits problèmes cardiaques mais il possédait toujours une licence de pilote privé et je pouvais donc le prendre comme membre d’équipage.
C’était le « Pépé Trébosc ». Le surnom de Pépé lui avait été donné dans son escadrille car il était le plus âgé de tous les pilotes et il a gardé ce surnom jusqu’à sa mort.
Ne l’ayant jamais appelé autrement que Pépé, je ne me souviens même plus de son prénom.
Nous allions former, pendant un mois, une fine équipe dans laquelle son expérience et sa sagesse tempéraient la fougue de ma jeunesse.
Difficulté supplémentaire, il m’informe que l’avion n’ayant pas volé depuis un certain temps, la machine nécessite une révision complète avant d’être remise en vol . Pour cela il nous affectait un mécano d’Air Alpes, Michel, qui connaissait le Twin-Otter sur le bout des doigts que ce soit en mécanique , instruments de bord ou radio.

Embarquement pour Cayenne Gate 4
Le 26 décembre 1980, nous embarquons donc tous les trois dans le Boeing 747 d’AIR FRANCE à destination de Lima via Cayenne.
Arrivés à Cayenne, nous débarquons avec nos bagages pour récupérer les grosses malles dans lesquelles notre mécano avait rassemblé tous les outils nécessaires à la remise en vol du Twin-Otter ainsi que tout un lot de pièces de rechange.
Étant vraisemblablement un peu abruti par les 9 heures de vol ou peut-être à cause des vapeurs résiduelles des fêtes de Noël, je commence cette mission en oubliant dans le B747 ma mallette contenant mes licences de pilote, mon carnet de vol, mes cartes et autres papiers nécessaires à notre retour.
Nous étions dans le taxi, en route vers l’hôtel quand je réalisai cet oubli ! Le voyage commençait sous de bons auspices !
Aussitôt, demi-tour et retour vers l’aéroport de Cayenne-Rochambeau pour voir décoller le B747 vers Lima. Les agents d’AIR FRANCE, très sympas et très efficaces contactent alors immédiatement l’escale de Lima pour leur expliquer mon étourderie et le lendemain ma mallette est redéposée à Cayenne par l’équipage du vol retour ! Ouf
Pépé comprend alors qu’il faut me surveiller de près pour tout ce qui est accessoire au vol !

A SUIVRE – EPISODE 2

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