Cher Papa,
Il est d’usage, lors des obsèques de faire le panégyrique du défunt et qui donc mieux que tes enfants pouvaient prêter leur voix pour te rendre cet ultime hommage.
Bien avant que nous ne soyons arrivés, tu avais prouvé au reste du monde ton envie de vivre en passant du stade de jeune garçon malingre et surprotégé par sa Maman, (nous avons des photos) au stade de jeune homme épanoui entouré d’amis indéfectibles comme Jacques Delobel ou Pierre Stozicky.
Jeune homme épanoui et même sportif puisque vous avez escaladé le Mont Blanc à 20ans à une époque où ce n’était pas si courant et que vous avez traversé la France à bicyclette.
Etant le troisième garçon d’une fratrie très unie et ayant 10 ans de moins que tes frères, tu devins vite la mascotte de tes deux ainés sous le surnom taquin de « Bébert bébête ».
Cette affection fraternelle ne s’est jamais démentie tout au long des années et grâce a vous trois, Paul, Jean et Gilbert, la cohésion familiale a passé les générations, comme le prouve la présence de nos si nombreux cousins venus nous soutenir dans ces douloureuses circonstances.
Ce jeune homme intelligent et travailleur, qualités qui t’ont permis de faire de brillantes études, était également un garçon au grand cœur. Comme tu l’avais promis à ton père sur son lit de mort, ce père que tu vénérais tant, tu t’es occupé de ta Maman pendant les 15 ans qu’elle lui a survécu, aidé en cela par le dévouement de celle qui entre temps était devenu ton rayon de soleil, ton Epouse, ta Douce Marie-Geneviève.
Cette épouse, tu l’as chérie pendant plus de soixante ans, sachant pouvoir compter sur elle quand ton travail te préoccupait plus qu’il n’aurait dû ou bien dans les coups durs sur les chantiers.
C’est cette affection, toujours partagée comme au premier jour, qu’elle vous a si bien exprimée lorsque, la vieillesse venue, la maladie a commencé à s’abattre sur vous, aidée dans les soins qu’elle vous prodiguait par la fidèle Sonia.
En même temps que ton épouse, tu trouvas une belle famille qui t’accueillit avec beaucoup de gentillesse et pour laquelle tu as nourri toute ta vie une profonde affection, partageant avec tes beaux-frères et belles- sœur des vacances à la mer à Barbâtre, au ski a Prémanon, ou dans les Pyrénées.
Ces Pyrénées, tu les as chéries pendant 40 ans partageant de longues balades avec Toto, Roger, Henri et sa famille et toute la smala Lacombe.
Qu’elles étaient bonnes ces fondues cuites sur le feu de bois dans les refuges et qu’elles étaient chouettes les soirées que nous passions à chanter accompagnés à l’harmonica avec tous nos cousins, oncles et tantes.
Qu’elles étaient animées ces olympiades Lacombe le jour du quinze aout.
Rendons hommage maintenant au merveilleux Papa que tu fus pour tes enfants, ces enfants que tu as tant désirés et que tu as tant choyés :
Tu fus un Papa jamais trop coulant, mais jamais trop sévère non plus, Quelle belle famille nous formions tous les quatre entourés de nos parents quand délaissant enfin ton travail, nous allions pique-niquer ou grimper a Fontainebleau.
Comme nous étions émerveillés lorsque nous allions visiter un château ou tout autre site intéressant sans bien évidemment échapper au détour obligatoire pour admirer un pont ou tout autre construction digne d’intérêt pour le grand ingénieur passionné que tu as toujours été.
Ingénieur passionné, tu le fus tellement que ce serait te faire injure que de ne pas nommer ces réalisations dont tu étais si fier et qui imposaient toujours quelques détours sur la route des vacances.
Citons
le CNIT appelé dans la famille « la voute »,
le pont de Tréguier,
les ponts de Tours,
le viaduc de Bellegarde,
le pont de Bayonne,
le pont d’Ottmarsheim dont le record du monde de portée te faisait rosir de plaisir.
Citons également tous les réfrigérants et autres édifices complexes que tu as construits partout dans le monde.
Tout ce savoir tu le partageas pendant plus de 30ans avec tes élèves de l’Ecole Centrale et au dire de certains de ces anciens élèves tu étais un professeur hors pair, sachant expliquer de manière très pratique et très vivante les secrets de ton art. Ceci ne nous étonne pas, d’ailleurs, car nous avons souvent été les cobayes, complaisants et émerveillés sur lesquels tu expérimentais tes cours et tes travaux pratiques, nous expliquant la précontrainte avec des morceaux de sucre ou les secrets de la flottabilité avec des boites de conserve dans l’évier de la cuisine après nous avoir fait déserter la table familiale.
Mais la réalisation qui t’apporta le plus de bonheur, ce fut ta maison, ta maison de Nanteau, près de laquelle tu vas reposer dorénavant auprès de ton fils chéri Michel et de ton gendre Jean pour lequel tu avais tant d’affection.
Cette maison, toute la famille ici présente peut le confirmer fut le cadre de fêtes mémorables et de parties de foot acharnées qui vous permettaient avec Bonne-maman (souvent à l’intendance) de réunir tous ceux qui vous étaient chers. Et la dernière fois, en septembre 2007 pour fêter vos noces de diamant.
C’est ici aussi que tu as pu exprimer tes convictions de chrétien, animant avec ton ami monsieur Braun de nombreuses réunions de prière le dimanche à Villemaréchal.
Une fois parti à la retraite, tu t’es épanouis dans ton rôle de Grand-père, accueillant tes petits enfants à Nanteau, pêchant avec eux le crabe à Pors-Even pour d’improbables soupes de poisson, les initiant à la montagne dans les Pyrénées, les emmenant voyager à droite, à gauche, au gré de leurs désirs.
Eux aussi durent apprendre les rudiments de la construction, les efforts, les contraintes et autres subtilités qui te semblaient nécessaires à leur épanouissement !!
Répondant avec plaisir aux multiples invitations de Michel et Brigitte puis de Brigitte à venir partager un peu de leurs vacances à Biarritz ; répondant aussi avec plaisir à celles de Bertrand et Aliette pour partager leurs ballades en montagne autour de Chambéry, tu leur montras tes autres talents de bricoleur et de conteur.
Maintenant que tu nous as quittés, il me revient à l’esprit cette histoire que tu aimais à raconter, où le Bon Dieu et le diable ayant décidé de construire un pont entre le Paradis et l’Enfer, le Bon Dieu s’étonnait auprès de Satan que sa partie du pont n’avançât point. Pas étonnant lui répondait le diable, tous les entrepreneurs de travaux publics sont chez moi ; Alors hâte toi, Papa, le Bon Dieu t’attend pour renforcer ses équipes.
Brigitte Maquennehan, Bernard, Arnaud et Bertrand Lacombe.


