Jean Maquennéhan nous a tiré sa révérence. Il nous a définitivement quitté pour monter dans l’au delà à l’issue d’une cérémonie religieuse pleine d’émotions le 26 janvier dernier en l’église de Saint Pierre de Nemours.
Jean a toujours manifesté tant auprès des débutants que des passionnés de « la grimpe » beaucoup d’attirance vers les sommets qui crèvent les nuages. Nous voyant essentiellement lors des fêtes de famille nous devisions sans bornes sur nos passions, dont l’une nous était commune, forte, obsédante, périlleuse : la montagne. N’ayant pas ses compétences et son expérience des grandes courses de rocher du massif alpin je m’ouvrais fréquemment à lui sur mes envies, mes souhaits, mes ambitions pyrénéennes. Je rêvais depuis longtemps de faire une des plus belles courses de rocher des Pyrénées : l’arrête nord-ouest des Astazous dans le massif de Gavarnie. Nos familles respectives se retrouvaient comme chaque année sur les sentiers escarpés de ces montagnes abruptes qui séparent la France de l’Espagne.
Après avoir tant rêvé et prié le ciel qu’il m’emmène, les 21 août 1986 nous quittions le plancher des vaches pour monter dormir au refuge des Espuguettes, l’un des plus beaux balcons herbeux donnant sur le majestueux Cirque de Gavarnie.
L’intimité lié au fait que nous n’étions que deux, m’a permis lors des arrêts d’une course assez longue, 12 heures, de beaucoup parler avec lui et de le découvrir autrement qu’un verre et une assiette à la main. Ce soir là nos propos sur son métier d’anesthésiste étaient sans fin et seule l’heure à laquelle nous devions nous lever, 3h30 du matin, nous contraint à cesser nos bavardages et à monter dormir quelques heures. Le 22 août à la nuit j’attaquais dans ses pas, la légendaire course du massif des Astazous. C’est à ce jour une de mes deux plus belles courses de rocher en montagne. Je la lui dois.
Avant de quitter la vallée rien n’avait été laissé au hasard, il avait calibré, sous pesé, compté, évalué, calculé. En homme responsable Jean ne partait jamais en montagne sans vérifier toutes les composantes de la course, comme lorsqu’il exerçait son métier d’anesthésiste à l’hôpital de Fontainebleau. Chaque course a ses caractéristiques, ses difficultés comme un patient a ses particularités, et ses insuffisances. Sa tête se mettait alors en œuvre et la check-list défilait, comme pour préparer un malade à être opéré. Il faut escalader, il y a lieu d’endormir puis il faut redescendre et le malade doit être réveillé. Le tout avec ses plaisirs et ses peurs. La montagne il la vivait comme il exerçait son métier et pour vous qui partiez avec lui, vous pouviez « marcher les yeux fermés ». En plus d’une très grande disponibilité il avait tant en montagne que dans la plaine, le don de la pédagogie et transmettait son savoir avec aisance et générosité. Combien de fois ses collègues de l’hôpital rencontrant hésitations et difficultés dans l’action n’hésitaient pas à lui téléphoner à toute heure du jour et de la nuit. Jean répondait toujours présent. Il avait la vie chevillée au corps et c’est sans doute pour avoir tant donné aux autres qu’il a perdu la sienne.
Il aimait la nature sous toutes ses formes. Quand il préparait ses rallyes pédestres en forêt de Fontainebleau, il rentrait sans aucun doute en communication avec les arbres, les plantes, les minéraux, les oiseaux et la faune. Pour nous concurrents, à la recherche des énigmes, c’était alors la découverte de l’inconnue, la délectation des sens et la jubilation des lieux. Il était le contraire de ces défenseurs opportunistes de la terre. Il n’avait pas eu à polluer la planète de tous ses exploits pour se rendre à l’évidence que la nature devait être protégée à chaque instant et ceci dès le plus jeune âge. Chaque balade en forêt, chaque course en montagne était mises a contribution pour montrer le geste juste.
Et puis je ne peux évoquer Jean sans rappeler sa passion dévorante pour les livres. En montagne je l’ai toujours soupçonné d’avoir deux ou trois guides dans son sac pour le plaisir qu’il avait, à l’arrêt raisins secs, de sortir le livre et de relire pour la énième fois l’itinéraire qu’il connaissait par cœur. C’était un jouisseur de la chose écrite et un amoureux du savoir. La maison de Brigitte et Jean devait tenir en partie grâce aux livres ! En partant il a laissé le livre de sa vie ouverte afin que Brigitte sa femme, Axel, Claire-Cécile et Arwen ses enfants continuent à écrire la leur. Maintenant il est parti pour ces sommets dont on ne revient pas et dont il avait certainement rêvé.
Guy
