Retour sur la carrière de Philippe Royer au sein d’Air France – ses missions, évolution de poste… 39 ans de vie consacrés à aider les avions à voler.
« Bonjour, Brigitte Durand, votre chef de cabine, au nom du commandant de bord Bernard Lacombe, l’équipage vous souhaite la bienvenue dans cet Airbus A330 à destination de La Réunion que nous atteindrons… »
Voici les premières paroles du personnel navigant à l’issue de l’intervention du Chef Avion dans la cabine de pilotage et la fermeture des portes de l’avion.
Le Chef Avion, le dernier contact physique entre les pilotes et un responsable au sol avant que l’avion ne se perde dans l’immensité azuréenne du ciel. L’un d’entre nous, Philippe Royer (branche Paul) a exercé cette fonction durant vingt ans chez Air France.
C’est à l’issue de premières études dans le BTP qu’il prit conscience que ça n’était pas sa voie. La présence de son père dans la compagnie nationale et l’attirance des voyages firent le reste. Mais avant d’atteindre le poste de Chef Avion l’exercice de différents métiers est incontournable.
Entré chez Air France à l’issue d’un examen, il est nommé à l’embarquement des passagers et devient rapidement responsable d’embarquement. Passage obligé avant de devenir Assistant Avion puis Chef Avion ou CA.
Le temps d’immobilisationdes machines, entre l’atterrissage et le décollage, doit être optimisé. Les navettes entre Paris et la province, A320, imposent 45’ au sol alors que les longs courriers, B747, sont rarement inférieur à 2h. C’est le temps dont dispose le CA pour orchestrer l’ensemble des opérations de nettoyage, de livraison du carburant, de contrôles techniques, de débarquement et d’embarquement des bagages et des passagers…
Il est responsable du timing de toutes ces opérations et du « Devis Poids » remis à l’équipage avant le décollage. Un CA traite en moyenne 3 à 4 avions par jour. Il détermine, en fonction de paramètres fournis par la compagnie, la répartition des charges dans les soutes. L’utilisation des palettes puis des conteneurs conjugués à l’augmentation de la dimension de soutes contribuèrent à mécaniser et à accélérer le chargement et déchargement des avions. A l’époque où les avions de ligne embarquaient du fret, il fallait jongler entre le poids des passagers et leurs bagages, la répartition du fret, la nature imposant des contraintes de proximité, ex : l’eau, les matières radioactives, les animaux etc. Sans compter l’époque des avions combi : mi fret/mi passager qui généraient souvent de « gros casse têtes ». (Note de Guy : Souvenir d’un AF Los Angeles-Paris en B747 Combi dont la moitié de l’avion était réservé au transport de chevaux de courses. Des hennissements dans un avion si gros soit-il sont aussi inattendus qu’inquiétants !) Le CA côtoie quotidiennement de nombreux corps de métier : mécaniciens, bagagistes, livreurs, pilotes, etc. Au pied de l’avion, par tous les temps, il doit être capable de régler rapidement les problèmes qui se présentent, comme l’absence d’un passager ayant enregistré ses bagages. Réactivité et résistance au stress sont de mises car l’avion doit partir à l’heure, quoi qu’il arrive. Ses compétences : aptitudes managériales, sens des responsabilités, rigueur et anticipation.
C’est lors de son passage au guichet d’embarquement qu’il côtoya brièvement des passagers peu anonymes telles que Ch. Aznavour, V. Giscard d’Estaing qui serrait la main de tout le monde, N. Bayle, J. Rochefort, l’Abbé Pierre etc. Souvenirs mitigés pour certains de ces passagers embarqués en dernier.
Successivement à Orly, puis Roissy (volontariat) pour l’attrait de la nouveauté, l’aura de ce nouvel aéroport un des plus grand d’Europe puis Orly pour participer activement, en 1990, à la fusion de deux compagnies Air Inter et Air France dont les cultures et les procédures n’avaient pas grand-chose de communs. L’un de ses meilleurs souvenirs professionnels. Projet réussi, basé essentiellement sur la capacité des hommes à s’entendre et à converger vers un objectif commun. Sa carrière fut dictée par l’attrait du changement, la volonté de saisir toutes les opportunités d’évolution. Chaque nouvelle affectation étant un nouveau défi.

Activité exercé sur la quasi-totalité des avions connus et empruntés par certains d’entres nous : Caravelle, B707 (premier quadri réacteur), DC-8, DC-9, DC10, Mercure, B727, Comet, B747, A300 (lorsque Air Inter fusionna avec Air France), B767, A320 et Concorde. Ce dernier, 62,19m de long, et un fuselage étroit imposaient un équilibrage spécifique et très fin.
Dans le très large éventail d’avions sur lequel Philippe intervint comme CA, le Concorde reste son préféré. C’est sans aucun doute l’accident de ce dernier au décollage à Roissy, le 25 juillet 2000 qui durant sa longue carrière dans l’aéronautique l’affecta le plus. Le mythe s’effondrait sans raison apparente, en l’absence de toute responsabilité humaine. Le drame pour tous ceux dont la vie repose sur le plaisir de grimper dans le ciel ou d’y participer.
Il eut l’occasion quelques fois de remplacer un tracteur/convoyeur. Fonction à part entière consistant à tenir les commandes d’un avion le temps d’un convoyage d’un point à un autre sur l’ère de l’aéroport. Moments jubilatoire et de grande émotion. Occasions malheureusement pour certains convoyeurs de vivre leurs phantasmes les plus fous et de se croire le temps d’un tractage les maîtres des airs. Des instruments de bord ayant souffert de ces comportements, conduirent la compagnie à interdire à des non pilotes les convoyages.
Puis vint l’évolution du métier dû à la réduction constante des coûts, à la montée progressive du numérique, qui conduisent aux relations virtuelles entre les hommes. Le CA n’est plus l’homme orchestre sur la piste, il est cantonné dans un bureau avec écrans et ordinateurs le travail est préparé sur PC. L’ordre de chargement est transmis aux manutentionnaires sous l’avion qui appliquent les consignes. Le devis de poids est envoyé au responsable du chargement et du départ de l’avion qui depuis le sol communique les données à l’équipage en poste. La relation humaine entre les hommes sur la piste, l’équipage et le CA, ciment de la confiance entre les intervenants est passée à la trappe du rendement et des souvenirs. Désormais dans un bureau, flirter avec ces gros oiseaux dans le ciel demande philosophie et imagination…
Dans ce contexte l’intérêt pour ce métier devenait moindre. Philippe changea à nouveau d’orientation pour bénéficier d’horaires moins contraignants et découvrir une nouvelle activité en entrant dans le service de maintenance aéroportuaire d’Air France.


Il gardait pour lui les moments heureux de nombreux voyages avec Christiane au Japon, en Norvège, au Canada au Brésil etc., le Concorde, avion parfait dixit Philippe, la fusion Air Inter/Air France, des amitiés professionnelles et 39 ans de vie consacrés à aider les avions à voler.
Philippe, s’il te plaît…dessine nous un avion !
Guy Lacombe