Nous sommes allés rencontrer un couple d’assistants maternels installés depuis mai 2009 à la Motte-Servolex, commune de la banlieue de Chambéry – Savoie.
Comment vous est venue l’idée de devenir ASMAT ?
Nounou : J’avais une profession très prenante, infirmière de bloc opératoire, avec des horaires difficiles, des nuits de garde, un enfant de moins de dix ans et un mari qui était souvent en déplacement. J’avais toujours eu le projet de m’occuper de bébés non malades mais les places pour travailler en crèche, en tant qu’infirmière, sont rares. Nous avions à la naissance de notre fils, participé à la création d’une crèche parentale, ne trouvant pas de moyen de garde en région parisienne. C’était déjà un signe. Une amie voisine, ASMAT depuis longtemps, m’a informée et coachée pendant ma première année d’installation.
Poupou : J’avais une profession très exigeante dans le solaire pour collectivités et industries, me demandant d’aller voir les clients dans tout l’hexagone. Lorsque ma profession me permettait de déjeuner à la maison, la gaité, la bonne humeur, et les sourires des enfants étaient un rayon de soleil, me redonnant de l’énergie pour retourner affronter le milieu difficile du monde industriel. Nous passions, mon fils et moi de nombreuses heures au téléphone ou sur l’ordinateur pour des exercices de maths, physique ou anglais. Alors, pourquoi ne pas exercer une profession à domicile, sans déplacements, sans mails, sans téléphone, et avec des sourires et des câlins !
C’était décidé, j’envoyais ma démission, et démarrais la formation d’assistant maternel en soldant mes congés au cours de mes trois mois de préavis.
Le vendredi je clôturais mon dernier dossier solaire, et le lundi j’accueillais les deux premiers bébés qui m’étaient confiés.
Comment gérez-vous le quotidien ?
Nounou : Nous sommes partis du postulat qu’il n’y avait pas « les enfants de Nounou et les enfants de Poupou » mais des enfants qui nous étaient confiés.
Nous nous occupons ensemble des tous les enfants avec plus moins nos spécialités. Poupou est devenu un vrai cordon bleu pour « les purées bébés », quant à moi je suis devenue une spécialiste de la convention collective de notre nouveau métier, et croyez moi, ce n’est pas rien.
Les journées sont donc très occupées entre, l’accueil des parents, les biberons, les changes, les préparations de repas, les repas , le ménage, l’entretien du linge de maison des bébés et des jeux, les enfants qui vont sur le pot, les animations diverses, les balades, les promenades au parc, au stade, aux chèvres, aux jeux… les matinées au relais ou à la bibliothèque, les moments plus calme comme la sieste, sans oublier les chansons, les histoires, les comptines, les câlins et les inévitables pleurs…
Poupou : « les hommes viennent de mars et les femmes de vénus », ce dicton trouve toute sa vérité chez nous. Nounou cultive son instinct maternel alors que je développe mon coté masculin. Ici, il n’est pas rare de me voir à quatre pattes à construire avec les enfants des machines infernales, ou blaguer et jouer de l’harmonica sous le regard amusé de Nounou.
Si j’invite les enfants en toute sécurité à explorer l’espace, je sens souvent Nounou prête à bondir. Je laisse toujours les enfants explorer et découvrir les choses, et trouver les techniques pour se sortir seuls de situations délicates. Pour moi, « trop les protéger, c‘est les mettre en danger » Nous avons une délégation de garde pour chacun des enfants mais nous restons toujours le référent de l’enfant pour nos parents-employeurs.
Pour les repas, à tour de rôle, l’un s’occupe de la table des grands, l’autre donne les biberons ou nourrit à la cuillère les enfants en chaise haute.
Il y a également le coté administratif, contrats, fiches de paie, solde de tout compte.
En été, l’entretien des jeux extérieurs (toboggans, camion porteur, motos, mini poussettes, tentes), la tonte rase de la pelouse pour éviter les insectes butineurs, la taille des branches basses pour les yeux, m’occupe une sieste par semaine.
Avez-vous rencontré des difficultés particulières depuis votre installation ?
Nounou : Cette profession n’échappe pas à la règle, elle a son lot de difficultés et de plaisirs, mais nous avons toujours pu trouver de l’aide.
Avant toute installation, vous devez avoir l’agrément de la PMI, la formation nécessaire, et l’obtention du 1er cycle du CAP petite enfance.
Je me suis donc installée en premier et mettre notre lieu de travail en conformité fut déjà l’affaire de toute la famille. Nous avons la chance d’avoir une grande maison très adaptée pour les bébés.
La formation obligatoire de 120 heures, nous permet d’appréhender toutes les facettes du métier. La vie au quotidien des bébés en tenant compte de leur âge, leur motricité, leur sécurité, leur l’alimentation, leur sommeil, l’animation mais aussi les attentes des parents, la gestion des contrats de travail et les fiches de paie.
Auprès de la PMI et du Relais nous avons pu trouver des réponses à nos questions. De plus nous adhérons à un syndicat professionnel le «SPAMAF» qui est précieux pour tous les calculs de la mensualisation, l’information des nouveaux textes de loi, sans oublier notre bible « le guide des assistants maternels et les statuts de la profession ».
Nous avons la chance d’avoir à La Motte un Relais dynamique qui propose des activités aux enfants.
Il offre aux assistants maternels un soutien, un lieu de rencontre entre collègues, une aide avec la présence des deux animatrices qui de par leur expérience et le recul peuvent vous apporter des conseils. Nous avons la possibilité d’analyser nos pratiques professionnelles avec un psychologue toutes les six semaines, après notre journée de travail, suivre des conférences, et des stages de formation à la « motricité libre » etc.
Poupou : Je me suis lancé à exercer une profession exclusivement féminine, comme le métier d’infirmière il y a 50 ans. Le premier jour de formation, mes futures collègues ont cru que j’étais intervenant. Elles se sont fait à l’idée que j’allais exercer ce métier, et ma manière masculine de voir des situations, a enrichi nos échanges lors de la formation.
Auprès de la PMI, du relais, et des collègues ASMAT de la Motte, j’ai été accueilli chaleureusement, et accepté en tant que professionnel, par mes collègues féminines.
Auprès des parents, je n’ai eu aucun problème pour obtenir leur confiance et accueillir leur enfant, quelque soit le sexe. Les préjugés ont vite disparu, et comme nous expliquons aux parents, lors du premier entretien, notre méthode de travail et éducationnelle (amener l’enfant à l’autonomie et le préparer à rentrer à l’école) le fait de travailler en couple n’est pas un obstacle.
Aujourd’hui peut-on dire que cette reconversion professionnelle est une réussite ?
Nounou : Oui et à bien des niveaux.
Je dirai avant tout que pour s’épanouir en tant qu’ASMAT, le maitre mot c’est « aimer les bébés dans leur globalité »
Pour moi, ils ont tout à découvrir et j’ai beaucoup à apprendre d’eux. L’observation fait partie intégrante de mon quotidien.
Faire ce métier à deux, est à la fois un enrichissement personnel professionnel et un bien pour le couple et la famille.
Bien sur, il faut pouvoir déjouer les pièges du couple et de la famille, ne pas rentrer dans le jeu dominant dominé, accepter l’autre avec ses forces et ses faiblesses, laisser à chacun, je dirai, sa « bulle d’air », son espace propre dans la maison, ses activités de détente personnelle. Mais n’est-ce pas la recette de la réussite pour tous les couples et pour toutes les familles ?
La différence avec ma vie professionnelle d’avant : c’est le partage de la vie dans tous les moments et les tâches du quotidien, Poupou parle lui de préparation à la retraite.
Mais rassurez-vous, ici la journée commence à 6 h 30 et finit souvent tard. Fini les semaines de 35 h, les jours de RTT, il y a beaucoup à faire avant et après la journée avec les bébés.
Faire ce métier à deux, c’est pouvoir compter sur l’autre dans bien des domaines et dans bien des situations. Pouvoir passer la main quand un enfant pleure, parler et analyser une situation délicate avec un parent. Il faut savoir que être jeune parent n’est pas facile, malheureusement ces derniers sont souvent bien seuls face à une flopée d’informations mais être jeune parent et en plus de cela employeur d’adultes qui ont l’âge de leur propre parents … je laisse parler les trois petits points.
Pour conclure, je m’épanouis pleinement en couple au contact des bébés à qui je donne beaucoup mais grâce a qui je reçois beaucoup.
Poupou : Je dis oui également, c’est une réussite.
Après 30 ans dans les travaux publics dont 2 ans au Congo et 4 ans en Egypte, puis 5 ans dans le solaire, je n’ai pas vu mes propres enfants grandir, ni trop participé à leur éducation, hormis le week-end. Les enfants que nous accueillons, je les vois grandir, évoluer, découvrir, expérimenter, inventer, rêver et une complicité s’installe. C’est bien sûr, différent de ses propres enfants, mais si un câlin fait du bien à l’enfant, à Poupou aussi !
De la part des parents, nous avons aussi un agréable retour. Ils nous font confiance, et après les échanges concernant leur enfant, nous parlons de sujets divers, de leur métier, de la vie de famille, des vacances. Nous échangeons des vêtements, des jouets,…Nous recevons des cartes postales, des étrennes (chocolat, gâteaux, bon pour massage, tee shirt « super Poupou »).
Pour ce qui est de la famille, mes précédents métiers étant très prenants, ma femme a souvent géré toute seule les tâches administratives, ménagères et éducatives de la maison. Maintenant nous partageons ces tâches, et réapprenons à vivre ensemble 24 heures sur 24. Que du bonheur.
A 56 ans j’aurais l’âge d’être grand père, et commencer sa journée avec des sourires et la bonne humeur des enfants, vaut tout l’or du monde. Vivre à leur coté vous fait rajeunir et vous redynamise. Alors, comment pourrait-on dire que cette reconversion professionnelle n’est pas une réussite !
« Non rien de rien, non je ne regrette rien…. »
Bons mots d’un enfant de 26 mois.
Baptiste me dit : « Nounou je veux un gâteau. »
Je réponds : « Comment on demande Baptiste ? »
Baptiste de répondre : « Merci »
Je lui dis : « Baptiste on dit s’il te plait d’abord. »
Baptiste : « S’il te plait d’abord, un gâteau Nounou. »
