Valérie Beauvoir nous partage leur expérience sur l'ile de La réunion qui a subit le cyclone BATSIRAÏ.
La semaine dernière, La Réunion a été « secouée » par un cyclone intense nommé BATSIRAÏ. Si vous écoutez ou regardez les infos, vous en avez forcément entendu parlé. Ce cyclone est le deuxième système tropical, et le premier à atteindre le niveau de cyclone, de la saison cyclonique 2021-2022 dans l’océan Indien sud-ouest. Il a touché l’île Maurice, La Réunion et Madagascar.
Vivre un cyclone est toujours une expérience bien particulière.
Depuis plus de 16 ans que nous habitons sur l’île de la Réunion, nous ne les comptons plus !
Chaque année, dans le bassin Océan Indien, ces « météores » naissent, voyagent et meurent tout autour de notre petite île (60km de diamètre, c’est une tête d’épingle au milieu de l’immensité de cet océan). Et c’est grâce à notre petite taille que nous échappons la plupart du temps à ces monstres.
Tous les ans, dix à quinze cyclones ou tempêtes tropicales se forment autour de nous, mais heureusement, ils ratent souvent la cible que nous sommes ! Sommes tenues en haleine par les bulletins météo qui nous informent de l’itinéraire chaotique et capricieux du monstre vrombissant. Ce n’est malheureusement pas le cas de Madagascar, île immense (1600km en longueur pour environ 500km en largeur) qui est impactée chaque année, et parfois plusieurs fois par an.
Avec le changement climatique, les cyclones ne sont pas devenus plus nombreux (il y a des années avec dix formations et d’autres avec vingt) mais ils sont devenus beaucoup, beaucoup plus puissants. Quand, il y a seulement vingt ans, un cyclone tropicale intense ne se formait que tous les dix ans, depuis 4 ou 5 ans, presque chaque cyclone est intense, voire violent .
BATSIRAÏ était un monstre, de par sa dimension d’impact ainsi que par sa puissance.
Nous avons eu la chance que son centre ne nous frôle qu’à 190km. A 50 ou 100km près, nous aurions été dans le « mur de l’oeil » et la puissance des vents et des pluies aurait été multiplié par 2, 3 ou 4 !!! Autant dire que pas grand-chose aurait résisté…

Une des particularités de notre île, c’est aussi ses reliefs. Notre petit caillou culmine tout de même à 3070m respect ! Le piton des Neiges, le piton de la Fournaise, le Grand Bénare, la Roche écrite, le Morne . autant de sommets qui culminent entre 3070m et 2600m d’altitude. Cela entraîne une accélération des vents ainsi que des cumuls de pluie battant des records mondiaux.
Tandis que la côte sous le vent (côte Ouest) est, la plupart du temps, protégée des vents et des pluies durant les cyclones, les sommets ont enregistré des vents à plus de 200km/h et des pluies correspondant à quatre ans de pluviométrie à Paris en trois jours de temps

Aux informations, vous avez donc pu voir de très gros dégâts (ça fait de l’audimat…), mais seuls certains secteurs de l’île ont été durement impactés…
En ce qui nous concerne, nous habitons à 650m d’altitude, dans les hauts de St Pierre et, même si le vent a soufflé à 120km/h, les dégâts sont heureusement minimes. Un week-end de nettoyage et la vie reprend normalement son cours !

Concrètement, à l’annonce d’un cyclone, nous ne sommes pas vraiment sereins
Chaque cyclone à ses propres caractéristiques. On ne sait jamais à quoi s’attendre réellement
Heureusement, la météo (même si elle n’est pas une science exacte) reste notre alliée pour prévoir et tenir compte de ce qui va se passer. Quelques jours avant l’arrivée du cyclone, il y a un système d’alertes qui nous permet de se préparer.
Alerte orange : Un jour avant l’arrivée des conditions cycloniques, les établissements scolaires et les administrations sont fermées (les autres secteurs d’activité travaillent). Nous sommes informés par la radio et la télévision de faire le nécessaire pour acheter de l’eau (fort risque de coupures et l’eau du robinet devient non potable), des bougies, penser à commencer à vider les congélateurs (risque de coupures d’électricité), prévoir les bouteilles de gaz pour cuisiner et faire le plein de nourriture et des objets et aliments de première nécessité au cas où. En effet en cas de routes impraticables, pas d’approvisionnement des magasins. Rentrer les animaux, sécuriser l’environnement extérieur en rentrant tout meuble ou objet pouvant voler. Tailler les arbres au maximum. Du coup, tout le monde s’affaire, dans les magasins, les rayons « eau » sont littéralement dévalisés Difficile de trouver les fameuses bonbonnes d’eau de cinq litres, bien pratiques. On prend ce qui reste, on se débrouille.
Mardi, la varangue est vidée de ses meubles (tout est dans le salon). On décroche également les luminaires qui pourraient s’arracher demain, les choses sérieuses commencent !
Alerte rouge : passage du cyclone au plus près. On est tous confinés chez soi. Le vent a commencé à souffler depuis la veille, mais là, les choses se gâtent.
On s’occupe dans la maison : jeux de société, puzzles, tri, rangement, lecture, internet (on a encore du courant!)
Batsiraï a fortement ralenti en s’approchant de La Réunion, il y a eu un phénomène de régénération de son il (le centre) qui l’a fait s’agrandir et devenir encore plus puissant. Résultat : de mardi soir à vendredi soir, des vents de 100 à 120km/h chez nous
un bruit assourdissant, la pluie à l’horizontale
3 jours et 3 nuits, c’est long
Les nuits ne peuvent être pleinement réparatrices.

Heureusement, la végétation semble être faite pour ça. Exemple, les palmiers plient mais ne rompent que rarement.
Dans la maison, quelques petites fuites sans importance, on met des serpillères sous les fenêtres et dans la salle de bain à l’étage. On s’en sort bien ! Ce n’est pas le cas de certains amis qui voient leur maison inondée ou les agriculteurs qui ont perdu toutes leurs cultures (les champs sont devenus des lacs) et leurs vaches (certaines meurent de crise cardiaque
).
Beaucoup d’éboulements aussi, les routes sont coupées pendant plusieurs jours à cause des crues. La mer devient marron : les ravines en furie se sont déversées durant 4 ou 5 jours

A St Pierre, la route est coupée par la ravine en crue
Phase de sauvegarde : Vendredi matin, le cyclone s’éloigne, mais le vent est toujours présent et la pluie continue à tomber. Le travail peut reprendre petit à petit. Les établissements scolaires ne rouvriront leurs portes que le lundi ou le mardi (il faut tout nettoyer, l’électricité et l’eau sont coupés dans certains secteurs). Beaucoup de fils électriques sont à terre, beaucoup de feuilles, de branches, d’arbres jonchent le sol. Un gros baobab pas très loin de chez nous a même été déraciné !

La quatre voies menant à notre maison sont fermées vendredi. Il y a du boulot pour la DDE !
Le week-end, le temps redevient clément, on est tous dans nos jardins à déblayer les déchets verts, on papote, on s’entraide entre voisins, ambiance sympathique !
La vie reprend son cours, le COVID n’a plus été le centre d’intérêt dans les journaux et les conversations depuis une semaine !…ça fait du bien !!!! Il fait très chaud et humide…
La saison cyclonique se terminera officiellement le 15 avril.
Mais, mais le cyclone suivant est déjà annoncé. EMNATI, son nom, a conduit les autorités à placer La Réunion en pré-alerte jaune. Il devrait passer au plus près de l’île lundi prochain 21 février.
Valérie Beauvoir
La Ravine des Cabris 13 février 2022