Entrons dans l’espace aérien ou l’avion est roi

20 novembre 2021

Post Thumbnail

« Il n'y a pas de bons pilotes il n'y a que de vieux pilotes » 4ème Episode

A l’arrivée, alors que j’avais scrupuleusement noté sur mon plan de vol « Request Customs & immigration » (C’est la formulation officielle quand on traverse une frontière) personne pour nous accueillir et Dieu sait si les Américains sont tatillons sur le respect de leurs frontières !
Après avoir bâché l’avion et mis en place toutes les protections moteur, j’appelle donc la tour de contrôle pour savoir quand les douaniers allaient venir à l’avion. Il m’est répondu qu’ils n’en savent rien mais qu’il nous faut les attendre !

La patience est l’art d’espérer !
Encore une heure idem et comme je leur explique que je commence à en avoir assez, ils m’expliquent que « No one can enter US territory without checking Customs & immigration »
J’attends encore une demi-heure en bouillant de plus en plus, puis j’appelle la tour, et, mentant effrontément, je leur dis que les douaniers sont passés et qu’il faut qu’ils m’envoient maintenant un véhicule pour rejoindre l’aérogare des vols privés.
Aussitôt demandé aussitôt servi, un véhicule vient nous prendre à l’avion et nous emmène à l’aérogare. Puis nous prenons un taxi pour rejoindre l’hôtel où, après une bonne bière bien méritée, nous rejoignons nos chambres respectives.
Tout à coup, après quelques heures d’un sommeil récupérateur, nous sommes réveillés par des coups violents sur les portes de nos chambres nous intimant l’ordre d’ouvrir. Je me retrouve en caleçon dans le couloir, les mains contre le mur, et je vois arriver Pépé, en pyjama, à qui on intime également l’ordre de se mettre face au mur jambes écartées.

Comme dans les films !
Après une fouille au corps assez rapide puisque j’étais à moitié à poil, on nous explique que nous étions entrés illégalement sur le territoire des États Unis, qu’il fallait nous rhabiller et retourner à l’aéroport pour procéder à une fouille de l’avion et qu’ensuite nous serions inculpés pour être entrés illégalement aux USA.
C’est le moral en berne que nous retournons dans des voitures de police hurlantes et clignotantes vers l’aérodrome, car nous devions être présents pour la fouille et l’inspection des réservoirs de l’avion.
Finalement, après une fouille méticuleuse rien ne fut trouvé de répréhensible ni dans l’avion, ni dans les réservoirs et pas plus dans les bidons du kit de convoyage. Certainement pensaient-ils que nous importions de la drogue sur le territoire américain comme c’est souvent le cas avec des avions en provenance d’Amérique du sud, de Guyane ou des Caraïbes. Ils ne s’offusquèrent pas davantage des deux caisses de rhum présentes à bord et finirent par croire à notre histoire de convoyage. L’entretien se termina au petit matin de manière plus courtoise. Ils nous quittèrent en nous souhaitant bonne chance mais après m’avoir remis, en tant que Commandant de bord, un feuillet rose avec une amende de 1.000 US$. Ils ne poussèrent tout de même pas cette courtoisie jusqu’à nous ramener à l’hôtel.

« Undesired unlimited to the States »
Une fois rentré en France, je renvoyai aux services concernés la copie de mon plan de vol que j’avais précieusement conservée, leur disant que c’était leur service qui était en faute et non moi et qu’en conséquence je ne payerais pas l’amende. Six mois plus tard, je reçus un autre feuillet rose du « District Attorney of Virginia » me signifiant que, puisque je n’avais pas payé, l’amende s’élevait maintenant à 10.000 US$.
Refusant toujours de payer, je reçus quelques temps après un jugement me signifiant que j’étais devenu : « Undesired unlimited to the States ». Ennuyeux pour un pilote de ligne !
Heureusement, je suis entré quelques temps plus tard à AIR INTER. Quand après la fusion entre AIR INTER et AIR FRANCE ce fut mon tour, 25 ans plus tard, de piloter un B747 vers les États Unis, tout cela avait été semble-t-il oublié (ou perdu dans les arcanes de l’administration, (elles se ressemblent toutes) mais, la première fois, je n’en menais pas large. C’était un vol Paris-New York.

Quand des aviateurs français amusent des contrôleurs américains.
Le lendemain, remis de nos émotions, nous reprenons le chemin de l’aéroport pour poursuivre notre périple vers Bangor dans le Maine.
Durant cette étape quelle ne fut pas notre surprise d’échanger avec des contrôleurs aériens que notre origine semblait amuser. Les contrôleurs de New York, entendant l’immatriculation de l’avion et sans doute également à cause de notre accent franchouillard nous appelèrent durant tout notre vol dans leur espace aérien : FRENCHIES !

Le 20 janvier, nous survolons les immensités blanches et les innombrables lacs du Canada pour rejoindre le terrain militaire de Goose Bay, au milieu du Labrador, ultime escale avant la grande traversée. Goose bay a été jumelée en 1973 avec sa voisine qui s’appelle Happy Valley, alors que la température moyenne en hiver est de -22°C et que les moustiques ressemblent à des forteresses volantes ! Chacun trouve son bonheur où il peut !!
En revanche, l’accueil des militaires de la « Royal Canadian Air Force » est exceptionnellement chaleureux. Nous sommes invités au Mess des officiers, et là, toast après toast, nous réalisons rapidement que pour ce qui est de lever le coude, nous sommes des petits joueurs !
Nous avons eu largement le temps de nous remettre de ces excès, car le temps s’est bouché, et notre avion n’étant pas équipé de dispositif de dégivrage d’aile, il nous a fallu attendre une tempête de ciel bleu pour effectuer le grand saut : Goose bay /Narsarsuaq et Narsarsuaq / Reykjavik.
Situé dans la pointe sud du Groenland, Narsarsuaq est le terrain idéal pour se poser au milieu de la traversée océanique malgré une approche un peu acrobatique qui lui vaut encore aujourd’hui d’être classé parmi les dix terrains les plus difficiles au monde.

C’était une base militaire créée par les américains durant la guerre 39/45 pour servir d’escale à leurs pilotes quand ils décidèrent de convoyer les avions livrés à l’URSS par voie aérienne car trop de transports maritimes chargés d’aéronefs flambants neufs étaient coulés par les U-boot allemands.
Un coup de bulldozer sur la moraine d’un glacier, quelques plaques PSP (Pierced Steel Planking sont des plaques métalliques perforées standardisées développées aux États-Unis peu avant la Seconde Guerre mondiale), un pétrolier ancré dans le fjord au pied de la piste et le terrain était créé. Les Américains quittèrent cette base en 1958 et le terrain fut rendu au Danemark.

A SUIVRE – EPISODE 5

Laisser un commentaire